D’emblée placé sous le signe de la simplicité et de la convivialité, le désormais fameux café littéraire, accueillait pourtant ce mardi 6 septembre 2011 un illustre invité comme en témoignent les nombreuses personnes venues débattre avec lui autour d’un verre offert par le lycée.
Gérard Bensussan professeur émérite à l’université Marc Bloch de Strasbourg, chercheur associé au CNRS, fondateur du parlement des philosophes et spécialiste de la philosophie classique allemande a en effet fait honneur au café littéraire en acceptant son invitation et réjoui l’auditoire par son affabilité, sa culture et ses idées originales.
Spécialiste de Marx, « cela fait longtemps que je ne suis plus marxiste » ajoute-t-il néanmoins avec humour, Gérard Bensussan a ouvert le débat en prenant comme point de départ la réponse catégorique de Marx : la philosophie contribue peu ou proue à ce que le monde reste en l’état. « On pourrait en rester là » conclue t’il devant un public éberlué, la philosophie ne sert à rien dans l’immédiat.
La première surprise passée, Gérard Bensussan a emmené l’auditoire à une réflexion plus approfondie sur le sens de ce rien et sur la pulsion interne qu’a la philosophie à se remettre en question en permanence, ayant fait dire à Pascal que « faire de la philosophie c’est se moquer de la philosophie »
Très critique envers la tentation philosophique de donner du sens ou de se constituer en art de vivre, il pense que celle-ci doit assumer sa stérilité, son inefficacité, qu’elle n’est pas de l’ordre du service du sens mais plutôt de l’exercice intellectuel. La philosophie déconstruit le sens, elle n’en crée pas.
Souhaitant avant tout pouvoir débattre avec l’auditoire, Gérard Bensussan a rapidement délaissé la forme de la conférence ou de l’exposé pour se plonger dans une ambiance plus conviviale, basée sur l’échange et la discussion. Très vite les questions ont fusées, tournant en majorité autour de l’actualité.
Ayant l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que le professeur et le philosophe ne pouvaient savoir tout sur tout, Gérard Bensussan, n’a pas hésité à reconnaître son ignorance sur les manifestations étudiantes chiliennes, inspirant à M. Emy, professeur de philosophie à l’Alliance, cette très belle expression : courage de l’humilité.
Rendons à César ce qui revient à César, Gérard Bensussan a effectivement su conquérir l’auditoire en sachant rester simple et accessible et lorsque le café s’est achevé, c’est avec frustration et la sensation de n’avoir pas vu le temps passer que les participants ravis sont rentrés chez eux.